Une pich'nette du pouce. Une flamme orange jaillit d'un briquet. Le bout de ma cigarette grille. Je prend une taffe. Je repense à mon meilleur ami Benny, mort, assassiné par les Irlandais. Je repense à ma fiancée, Sophia, dans le coma à l'hôpital depuis deux semaines, battue à mort par les Irlandais. Je repense à ma famille, je suis seul depuis le decès de mon père qui a lutté des années contre son cancer des poumons. Ces Irlandais m'ont pris deux personnes sur les trois qui ont jamais comptés dans mon coeur et dans ma vie. Putain de vengeance qui me brûle le sang, putain de colère qui m'obsède...
J'écrase ma clope à même le sol. Je me lève et je tombe nez-à-nez avec mon propre reflet dans le miroir. Je ne me reconnais pratiquement pas. De lourdes cernes noires maquillent mes yeux clairs, mes joues sont creuses, j'ai l'air d'un cadavre. Je me lance un sourire... Mon dieu, on dirait une grimace horrible destinée à faire chialer un moutard. Je me détourne de cette image fantôme du jeune homme que j'ai été. Du jeune homme joyeux et confiant que j'étais. Je chope ma casquette des Yankees et je la vise sur mes courts cheveux blonds. J'enfile mes converses noires, sans faire les lacets plus que ça, et je sors. Le poids du semi automatique dans ma poche me réconforte. Je me sens calibré.
Il est là. De dos. Il est là, il est seul. Liam Mcvries, mieux connu comme chef des Irlandais, un gang de malfaiteurs qui sévit dans les banlieues craignos de New-York. Il lit le Times paisablement. Ses deux hommes de mains, Mickey et Big G ne sont pas là. Il est accoudé au comptoir de ce bar, et même le serveur n'est pas dans la pièce. Une occasion pareille ne se reproduira pas deux fois, et je le sais bien. J'ôte la sécurité. Mon bras s'arme, mais il tremble. Putain, je tremble... Je revois le visage de ma Sophia recouvert de bleus, machoire fêlée, nez cassé, bras dans le plâtre, trauma cranien. Les médecins lui ont rasé ses magnifiques cheveux bruns pour l'operer. Ils étaient tellement beaux ses cheveux... Je revois Benny, le moment ou j'ai retrouvé son corps sans vie, au fond d'une ruelle derrière ce pub, le Mc Mahon... Je me souviendrais toujours, il était allongé par terre, face contre-terre, baignant dans une flaque d'eau croupie et de son propre sang. Je me suis agenouillé près de lui, et je tremblais tout entier comme mon bras tremble maintenant. Je l'ai retourné et j'ai serré son corps froid dans mes bras. J'ai pleurais des heures sous la pluie, des heures dans la nuit.
Mon bras ne tremble plus. J'appuie sur la détente une foie et la balle traverse l'épaule de ce gros porc en train de s'allumer un cigare cubain. Pourquoi les caids et les hommes de pouvoir fument tous le cigare ? Il beugle comme l'animal qu'il est. Pas le temps de le laisser se retourner. Je tire une deuxième fois. Le projectile lui explose l'arrière de la tête. Son corps glisse du tabouret ou il était perché et s'écrase par-terre, sa tête fait un bruit de melon écrasé au moment de l'impact. Je lui ai fait éclater le caisson, pourtant je ne me sens pas mieux. J'ai assouvi ma vengeance, mais rien n'a changé en moi. Je me sens encore mort. J'ai pourtant réduit en charpies le cerveau des opérations, au sens aussi propre que figuré.
J'aurais du utilisé un silencieux, parce que le bruit va alerter tout le quartier. Je dois partir. Mais mes jambes ne bouge pas. Pourtant je vais quand même partir, dans un endroit ou l'horizon n'est pas qu'une trait fin au loin. A l'endroit ou les ténèbres sont lumières également. A l'endroit ou le mal est une fable. Je sens le canon de mon flingue sur ma tempe. Je ferme les yeux, et j'imagine cet horizon bleu. Je tire. Fin de l'histoire.